vendredi 2 septembre 2011

Quand le vernis devient un indicateur économique

Aujourd'hui, on va faire un peu dans le débat philosophico-économique.
...
Nan !! Partez-pas, je vous jure que c'est intéressant !!

Je vais vous raconter comment on est passé du lipstick index au polish index.

(Estée Lauder Classic Red - Zoya Nidhi)

Hein ? Qu'est-ce que tu nous chantes, c'est quoi le lipstick index ?

C'est une théorie économique développée par Leonard Lauder (président du conseil d'administration d'Estée Lauder) , traduisible par "indice du rouge à lèvres".

Cette théorie, proposée durant la crise économique du début des années 2000, établit un lien de corrélation entre la situation économique et les chiffres de vente de rouges à lèvres. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, c'est durant les périodes de récession que les ventes sont les plus élevées. Leonard Lauder a donc proposé d'établir un indice économique sur cette base, en expliquant que les femmes qui vivaient en période de crise avaient tendance non pas à cesser leurs achats, mais à les concentrer sur des produits plus accessibles. Exit donc les sacs et les chaussures et bonjour le maquillage et le rouge à lèvres.
(Ça c'est pour la partie culture gé, vous pouvez ressortir ça dans un dîner, c'est la classe assurée :D).

Et le vernis dans tout ça ?

En relation avec tout ça, je suis tombée sur un article du blog All Laquered Up (que normalement vous devez déjà connaître si vous êtes accro au vernis - sinon allez-y dès que vous avez fini de lire ce billet). Michelle Mismas, l'auteur du blog (qui est quelqu'un d'assez renseigné en la matière) développe un corollaire à la théorie du lipstick index dans les pages débat du site du New York Times.

Je vais chercher mon Shorter et je vous traduis sa théorie du polish index :

"Pourquoi les vernis fantaisie sont-ils devenus la norme ?
Je n'ai jamais eu peur des couleurs vives en matière de vernis à ongles. Cependant il n'y a pas encore si longtemps que ça, il était difficile d'aller acheter un vernis vert en août sans se prendre une remarque du vendeur, du type : "Ça ne fait pas un peu tôt pour se préparer pour Noël ?".
Le fait est que les couleurs pétantes ne sont pas si nouvelles que cela. Dans les années 80, les couleurs fluo faisaient un carton. Et tous ces vernis crackle dont tout le monde est brusquement devenu fou ? Cover Girl les vendait déjà il y a quinze ans. Alors qu'est-ce qui rend si particulière l'évolution des couleurs de vernis ? Pourquoi sont-ils plus répandus et mieux acceptés que jamais ? Pour moi, il y a deux facteurs.


Premièrement, l'économie. Ces dernières années, le vernis a remplacé le rouge à lèvres en tant qu'indicateur économique. Rien d'autre, au final que ce que Leonard Lauder avait baptisé le lipstick index, en corrélant l'augmentation de la vente des rouges à lèvres à la santé économique. Les ventes de vernis ont fait un bond, surpassant même celles du rouge à lèvres en raison de leur faible prix.


Un sac Chanel est peut-être hors de prix, mais acheter un vernis de la même marque est un moyen accessible de faire rentrer le fameux double C dans votre vie. Grâce aux créateurs qui ajoutent les nouvelles teintes de vernis aux looks des défilés, les ongles sont devenu un accessoire et un moyen peu coûteux d'afficher les dernières tendances dans votre garde-robe. Le prix de ces belles chaussures color-block Fendi que vous convoitiez a peut-être de quoi faire pleurer votre portefeuille, mais acheter des vernis bleu et orange pour reproduire ce même color-block sur vos ongles est à la portée de n'importe qui.


Le second facteur est notre obsession pour tout ce qui touche les célébrités et leur accessibilité désormais sans limite, grâce à Facebook, Twitter, et tous les blogs qui leur sont consacrés. Une seule Twitpic des ongles à fleurs de Katy Perry et c'est la ruée sur les Minx et tout ce qui peut y ressembler de près ou de loin. Beyoncé qui porte un vernis Chanel turquoise dans un clip suffit à créer une rupture de stock.


Les ado et les jeunes femmes autour de la vingtaine seront toujours les early-adopters des tendances, mais grâce à leur prix peu élevés et le concours des people, le nail art et les couleurs extravagantes ont maintenant conquis un plus large public."

(vernis des mini sets Katy Perry et Pirates des Caraïbes)

Ainsi, le vernis, moins cher, permettant plus de fantaisies et tout aussi lié au monde de la mode et des célébrités que son cousin le rouge à lèvres est devenu son remplaçant en tant qu'indicateur économique.

A cela néanmoins, je rajouterai la spécificité française qui consiste à dire que le vernis est un produit de luxe. On est donc plus facilement prêtes à payer cher pour un vernis, tout en gardant justement le sentiment de s'offrir cette fameuse petite part de rêve ou de tendance.

Personnellement, même si j'estime ne pas être une victime aveugle des associations people-polish (je râlais justement à ce sujet dernièrement), il est indéniable que je suis (même à l'insu de mon plein gré) influencée par les tendances en la matière. Donc je me reconnais dans l'article de Michelle Mismas et je pense que je suis très loin d'être la seule...

Maintenant c'est votre tour de bosser, dites-moi tout, vous reconnaissez-vous dans cette description ?

8 commentaires:

  1. Oh bien sûr que je me reconnais dans cette description !
    Même si je ne m'achèterai pas de sac Chanel ou de chaussures de créateurs, bah, hop.

    Je trouve que tu as raison en disant que le vernis est plus un produit de luxe en France, puisque certaines marques double presque leurs prix pour être dans "la bonne case".

    Bon. Moi je dis que cet article il mérite bien le top HC hein ! Très très intéressant ! Merci !
    Je pourrais ressortir ça pour faire mon intéressante/ma cultivée \o/

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  2. Excellent article, merci pour ce décryptage !

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  3. C'est carrément vrai!
    J'ai souvent dit à des amies que je n'avais pas l'argent (et pas toujours l'envie) pour être un minimum à la mode niveau vêtements, sacs etc... Mais que je pouvais tout me permettre sur mes ongles!
    Par contre, je ne vois pas le vernis comme du luxe... ça m'em**** franchement de payer 15-20€ pour un vernis. J'essaye de commander sur des sites étrangers, ou d'en prendre des moins chers (après, j'exclus pas le craquage)

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  4. très bon article, pas soporifique du tout mais très intéressant ! effectivement on se paie le luxe qu'on peut d'où le succès des vernis chanel et autres, pas toujours justifié

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  5. analyse parfaite! entierement d'accord

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  6. Merci à toutes, je suis très contente que cet article vous ait plu et je n'hésiterai plus à l'avenir à faire de temps en temps un article dans ce genre puisque ça vous intéresse. Comme quoi, c'est peut-être un sujet qui peut paraître futile, mais qui a du fond !

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  7. U ne vraie dissert d'économie qui j'ai lue jusqu'au bout (ouf) parce que super renseignée.
    Et bien sûr comme beaucoup d'entre nous je me suis reconnue dans cette description ; surtout quand tu parles que le vernis réussit à up-dater une tenue pas forcémment hyper fashion ! c'est donc un moyen économique de rajeunir son look sans jeter tout son dresing ... Bon j'arrete, je vais vosu fatiguer !

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  8. Bonjour Mimine :)

    En fait, je connais la théorie de Lauder, seulement, je pense qu'elle est certainement applicable aux USA (une étude a dû être faite puisque ce Monsieur se base là-dessus) mais pas chez nous.

    Je m'explique. Les années 70/80, n'étaient pas du tout des années de récession ! Pourtant, nous avions presque toutes les ongles manucurés et vernis ! Nous sommes passées de la besace US vert kaki avec nos ongles vernis de bleu jean's métallisé ou à paillettes... au rouge-rouge, fushia, rose bonbon et autres couleurs pop des 80's !

    En revanche, j'admets que les années 90's étaient moins soignées que les décennies précédentes. De quel fait ? Peut-être juste un problème générationnel : la fille ne voulant pas ressembler à sa mère bien trop apprêtée et bien trop "artificielle" à son goût ? Le modèle "à l'américaine" étant top ringard ;)

    Au contraire, depuis plus de 10 ans, avec l'avénement des faux-ongles de toutes sortes et du retour de la starlette et autres actrices, chanteuses, etc. qui sont redevenues des prescriptrices auprès de leurs fans, je crois bien que c'est là que se trouve ce nouveau regain et donc cette nouvelle mode. Toutefois, et c'est là que je rejoins l'autre interlocuteur, il est plus facile et moins onéreux de suivre les influences de tel ou telle quand il s'agit de vernis que quand c'était sur des must haves (sacs, chaussures et j'en passe !).

    D'ailleurs, en passant, je ne trouve pas cette mode si peu onéreuse qu'on le croit : 10 à 15 € à multiplier par une trentaine de vernis en moyenne chez toute addict, c'est encore une fois l'abondance et la fantaisie que cela permet qui plaît ! Et effectivement, c'est moins cher et plus commun d'avoir une étagère de cinquante vernis qu'une penderie avec une dizaine de sacs de marque ! Plus que la récession c'est surtout une mode accessible à toutes qui tient là le haut du pavé ! ;) Merci en cela aux H&M, Zara and Co qui ont remontré la voie de la fantaisie à prix raisonnables !

    Etant adepte depuis plusieurs années des tons nudes ( ben oui, j'ai pu aisément en son temps donné libre cours aux fantaisies de ma jeunesse voire jusqu'à mes trente ans ;) ) je dois dire que j'apprécie plus de voir une jeune fille donner plein pouvoir à son imagination ou à la mode en tenant compte de son budget que de la voir passer commande d'un sac dit "Must-have" à 700 ou 1 500 € à ses parents ou de la voir porter une copie en plastique ! :/

    Donc je vous dis, bravo les filles, continuez comme ça :) Et quel plaisir de vous voir si féminines et si soignées ! Clap clap clap !

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